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« Depuis ce matin, nous sommes remontés
nous reposer aux chalets des Thures, en attendant la relève. Chère
relève, que depuis plus d’un mois l’on attend tous
avec une grande impatience. Le repas vient de se terminer. Je suis avec
Georges à discuter sur les heureux jours qui nous attendent à
Grenoble. Notre camarade l’Adjudant Huet Jean s’amuse à
faire rouler dans un ravin des rouleaux de fil de fer barbelés.
Nous le taquinons. Il vient s’asseoir près de nous, prend
son journal de bord pour le mettre à jour : « 29 septembre
1944, 1 heure de l’après-midi, Je pars en patrouille ».
Jean regarde avec sa binoculaire. Tout à coup, il nous montre quelque chose. En effet, une patrouille boche s’avance sur la route pour prendre position dans les postes avancés. C’est décidé, il faut que l’on arrive à les accrocher. Au loin devant nous une position surplombe la route. Il faut y arriver avant que ces messieurs passent. Nous avançons le plus vite possible sans même
prendre garde si nous sommes à découvert. Je marche à
droite de jean, mon FM en bandoulière, Georges est à gauche,
et les deux autres camarades, derrière nous. Je me rappellerai toute ma vie le superbe plongeon que j’ai fait. Jo est à coté de moi, tous deux tapis derrière un arbre. Jean est resté à la place où il est tombé, la figure regardant le ciel, du sang lui macule la poitrine. Je m’approche de lui, il ne fait pas un mouvement. Sous le feu qui maintenant tire légèrement devant nous, Jean dort son dernier sommeil, bercé par le bruit des balles. Maintenant, deux mitrailleuses nous tirent dessus impitoyablement. A cinquante centimètres de nos têtes, la terre se soulève. Est-ce sur nous ou sur Jean qu’ils tirent ? Mystère ! Il faut se mettre à l’abri, et voir ce que
nous allons faire. Nous sommes d’accord, coûte que coûte,
il faut ramener le corps de notre camarade dans nos lignes. Je me replie
derrière un rocher pour donner les directives aux deux camarades
qui sont derrière nous. Je me décide à aller voir un peu derrière nous si je ne les aperçois pas. Je vois une colonne qui s’avance. Ce sont les gars de chez nous qui viennent sans même penser à se cacher. Je leur fais signe d’avancer en se camouflant, car il y a déjà assez d’un mort. Le sergent qui commande le groupe s’approche de moi, mets sa patrouille en défensive, et tous les deux nous avançons sous le feu d’enfer des mortiers. Georges est toujours là, à sa place, calme, tranquille, comme si rien n’était. Nous décidons de retirer le corps de Jean à la tombée de la nuit. Il faudra faire vite, nous avons cinquante mètres à découvert. Faire cinquante mètres avec un corps inerte n’est pas chose facile. Les boches se sont arrêtés de tirer. Tant mieux, car ce bruit commençait à me taper sur les nerfs. Nous nous approchons de Jean. Je lui passe mon ceinturon sous les bras. Il faudra faire vite, la lune ne sera pas longue à apparaître. Traînant le corps de notre camarade, nous sommes à l’abri. Je suis exténué par cet effort, ma veste est maculée de sang. Je regarde Jo. Tous les deux maintenant, nous suivons la colonne qui emmène le corps de celui qui fut et qui restera notre compagnon de misère. Arrivés au chalets un groupe se charge de descendre
le corps de Jean jusqu’au village de Nevache. Le lendemain, nous demandons de monter la garde auprès du corps d’un ancien maquisard, notre camarade mort en service commandé. Jean, ta pensée ne m’a pas quitté,
et c’est fièrement que le serment fait avec Georges sur ta
dépouille mortelle a été tenu. Papa, pour cet acte que tu avais si bien raconté, tu as reçu la citation suivante : « Engagé au Maquis du Grésivaudan, a participé à de nombreux coups de main contre les troupes d’Occupation. Le 29 septembre 1944 au cours d’une reconnaissance, son chef de Section ayant été tué à l’intérieur des lignes ennemies, est resté sous un feu violent d’armes automatiques et de mortiers et a contribué à le ramener dans nos lignes. A fait preuve de belles qualités d’énergie au cours de la campagne en Haute-Maurienne de l’hiver 1944-45. » CLEMENT MOLLY-MITTON, dit "Louis" NOUVEAU
Témoignage sonore : un disque (33 tours) édité en 1969 par les anciens du maquis du Grésivaudan pour le 25ème anniversaire de la libération.
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Association Nationale des Anciens des Maquis du Grésivaudan le
site de Froges, siège social des Anciens des Maquis du Grésivaudan A noter : l'ouverture le 27 mai 2011 de la Maison des Maquis
du Grésivaudan (au Touvet) et aussi le "musèe
de la résistance en Isère" |
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