"...C'est à Pinsot
(Isère), dans la maison servant d'étude
occupée présentement, vu les circonstances, par
maître Claude de la Charrière, que fut étbali
le contrat de société. A une exception près,
seuls les ainés des fratries avaient fait le déplacement,
chacun d'eux "faisant pour et au nom de leur frère
absent qu'ils promettaient de faire ratifer"...
L'acte se voulait solennel et commençait
par une invocation qui mettait d'emblée l'entreprise sous
la protection céleste.
Au nom de Dieu soit fait, amen. Sachant tous
présents et à venir que l'an de grâce courrant
mille six cent trente et le 24ème jour du mois d'octobre
avant midi, par-devant moi, notaire royal delphinal soussigné,
et présents les témoins bas nommés, se sont
personnellement établis Sieur Jacques Barde, conseiller
du Roi, receveur et payeur des gages de Nosseigneurs du Parlement
de ce pays, capitaine-châtelain royal du mandement de Goncelin...
Suivait la liste de tous les participants tant
présents qu'absents, leur prénom et nom précédés
d'un terme qui les situait dans la hiérarchie sociale.
Comme Jacques Barde, Jean raffin bénéficiait du
titre de Sieur, puis venait Honorable Pierre Pomine. Tous les
autres devaient se contenter de Honnête. L'ordre dans lequel
ils étaient nommés n'était pas non plus le
fruit du hasard. Le conseiller Barde était bien sûr
en tête, venait ensuite le capitaine-châtelain de
la Roche d'Estappes, puis Pierre Pomine et enfin les autres.
D'abord Joseph Chassendaz Héritier
(n° soza 8590 et 9502), reconnu
comme l'initiateur du projet, suivi de son frère Jean
Chassendaz Héritier (n° soza
8670), le seul des cadets à être venu en
personne. Il faut dire que tous deux formaient une fratrie inhabituelle.
Peut-être parce que l'héritage de leur père
avait été suffisamment important, ils vaient pu,
juste après la mort de celui-ci, faire le partage de ses
biens, n'en gardant aucun en indivision. Ils occupaient maintenant
deux habitations voisines mais séparées, ce qui
avait provoqué en son temps les commentaires désobligeants
des partisans de la tradition. Tout cela ne les empêchait
pas, bien au contraire, de vivre en bonne intelligence, et leur
donnait l'un vis-à-vis de l'autre une indépendance
appréciée.
Venait ensuite Louis Moncenix qui, comme marchand
d'Allevard, avait le pas sur les autres. Le reste des ferrièrins
et pinsotins suivait dans un ordre arbitraire qui n'avait pas
manqué de froisser certaines succeptibilités.
Après cette énumération,
le texte se poursuivait :
... lesquels, de gré, pour eux et les leurs, par mutuelles
et réciproques stipulations entre eux intervenues, se sont
associés pour l'édification et exploitation d'un
fourneau à faire fer, sur la paroisse de la Ferrière
au lieu-dit Le Plan du Martinet, lequel confine le rif de Bréda
du couchant, le Grand-Pont du vent (...) de la manière
quie s'ensuite...
Barde, Raffin et Pomine administreraient leurs
parts séparément, chacun en son particulier. Il
n'en n'était pas de même des autres pariers. C'est
en commun que les marchands de la Ferrière, Pinsot et Allevard
(Isère) engageraient toutes les sommes nécessaires
à l'édification ainsi qu'au paiement des fornelliers
et valets qui assureraient le fonctionnement...
... Le maître fornellier qui devait diriger
la construction avait été choisi. Il avait lui-même
engagé le charpentier et le maçon qui se chargeraient
des travaux. Tout était prêt pour la maise en chantier.
Les caprices du temps en décidèrent
autrement. Dès le lendemain un froid intense s'installait
sur la vallée. Il fallut attendre le printemps suivant,
en 1631 pour enfin voir le fourneau sortir de terre, et l'aventure
du fer commencer dans cette vallée avec plus ou moins de
succès pour leurs initiateurs...
Ainsi par exemple Maxime Vachier Cossiat
(n° Soza 8598/1), riche laboureur,
marchand et parrier du fourneau de la Ferrière mourrait
ruiné. Il fut entterré le 24 avril 1688, âgé
d'environ 100 ans.
Avec lui disparaissait le dernier de ceux qui,
en octobre 1630 aviant créé une société
pour l'édification et l'exploitation d'un fourneau "
à faire fer" sur la paroisse de la Ferrière
d'Allevard."
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