La création d'un haut-fourneau à La Ferrière (Isère) en 1630
Extraits du livre "le fer, la terre et le sang"
de Mme Marie-Paule Arribet-Dubost

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"...C'est à Pinsot (Isère), dans la maison servant d'étude occupée présentement, vu les circonstances, par maître Claude de la Charrière, que fut étbali le contrat de société. A une exception près, seuls les ainés des fratries avaient fait le déplacement, chacun d'eux "faisant pour et au nom de leur frère absent qu'ils promettaient de faire ratifer"...

L'acte se voulait solennel et commençait par une invocation qui mettait d'emblée l'entreprise sous la protection céleste.

Au nom de Dieu soit fait, amen. Sachant tous présents et à venir que l'an de grâce courrant mille six cent trente et le 24ème jour du mois d'octobre avant midi, par-devant moi, notaire royal delphinal soussigné, et présents les témoins bas nommés, se sont personnellement établis Sieur Jacques Barde, conseiller du Roi, receveur et payeur des gages de Nosseigneurs du Parlement de ce pays, capitaine-châtelain royal du mandement de Goncelin...

Suivait la liste de tous les participants tant présents qu'absents, leur prénom et nom précédés d'un terme qui les situait dans la hiérarchie sociale. Comme Jacques Barde, Jean raffin bénéficiait du titre de Sieur, puis venait Honorable Pierre Pomine. Tous les autres devaient se contenter de Honnête. L'ordre dans lequel ils étaient nommés n'était pas non plus le fruit du hasard. Le conseiller Barde était bien sûr en tête, venait ensuite le capitaine-châtelain de la Roche d'Estappes, puis Pierre Pomine et enfin les autres.

D'abord Joseph Chassendaz Héritier (n° soza 8590 et 9502), reconnu comme l'initiateur du projet, suivi de son frère Jean Chassendaz Héritier (n° soza 8670), le seul des cadets à être venu en personne. Il faut dire que tous deux formaient une fratrie inhabituelle. Peut-être parce que l'héritage de leur père avait été suffisamment important, ils vaient pu, juste après la mort de celui-ci, faire le partage de ses biens, n'en gardant aucun en indivision. Ils occupaient maintenant deux habitations voisines mais séparées, ce qui avait provoqué en son temps les commentaires désobligeants des partisans de la tradition. Tout cela ne les empêchait pas, bien au contraire, de vivre en bonne intelligence, et leur donnait l'un vis-à-vis de l'autre une indépendance appréciée.

Venait ensuite Louis Moncenix qui, comme marchand d'Allevard, avait le pas sur les autres. Le reste des ferrièrins et pinsotins suivait dans un ordre arbitraire qui n'avait pas manqué de froisser certaines succeptibilités.

Après cette énumération, le texte se poursuivait :
... lesquels, de gré, pour eux et les leurs, par mutuelles et réciproques stipulations entre eux intervenues, se sont associés pour l'édification et exploitation d'un fourneau à faire fer, sur la paroisse de la Ferrière au lieu-dit Le Plan du Martinet, lequel confine le rif de Bréda du couchant, le Grand-Pont du vent (...) de la manière quie s'ensuite...

Barde, Raffin et Pomine administreraient leurs parts séparément, chacun en son particulier. Il n'en n'était pas de même des autres pariers. C'est en commun que les marchands de la Ferrière, Pinsot et Allevard (Isère) engageraient toutes les sommes nécessaires à l'édification ainsi qu'au paiement des fornelliers et valets qui assureraient le fonctionnement...

... Le maître fornellier qui devait diriger la construction avait été choisi. Il avait lui-même engagé le charpentier et le maçon qui se chargeraient des travaux. Tout était prêt pour la maise en chantier.

Les caprices du temps en décidèrent autrement. Dès le lendemain un froid intense s'installait sur la vallée. Il fallut attendre le printemps suivant, en 1631 pour enfin voir le fourneau sortir de terre, et l'aventure du fer commencer dans cette vallée avec plus ou moins de succès pour leurs initiateurs...

Ainsi par exemple Maxime Vachier Cossiat (n° Soza 8598/1), riche laboureur, marchand et parrier du fourneau de la Ferrière mourrait ruiné. Il fut entterré le 24 avril 1688, âgé d'environ 100 ans.

Avec lui disparaissait le dernier de ceux qui, en octobre 1630 aviant créé une société pour l'édification et l'exploitation d'un fourneau " à faire fer" sur la paroisse de la Ferrière d'Allevard."

A voir (sources des photos) : les forges et moulins de Pinsot (Isère)

 
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